Au Japon, le nombre de mariages n’a jamais été aussi bas depuis la Seconde Guerre mondiale. Par contraste, un nombre croissant d’hommes et, surtout, de femmes se mettent en couple avec des partenaires fictifs dans le cadre de mises en scène visant à brouiller les frontières qui séparent le jeu du réel.
Le mouvement rassemble une frange d’activistes qui, pour faire face au stigmate, détourne les rituels et le vocabulaire du sacré afin de rendre un culte aux personnages. Pèlerinages, cérémonies d’invocation, autels portatifs, collecte d’icônes, offrandes, funérailles… Le phénomène de « l’amour illusoire » (mōsō ren’ai) prend les allures d’un holocauste symbolique.
Bien que l’attachement à des êtres « impossibles » relève de l’universel, il prend donc au Japon une tonalité singulière et, surtout, le caractère d’une urgence plus prononcée qu’ailleurs. Quels sont les enjeux de ce phénomène ? Qui sont ces créatures que des agences spécialisées permettent maintenant d’épouser lors de cérémonies incluant des faux certificats de mariage ?
Agnès Giard, anthropologue rattachée à l’Université de Paris Nanterre, est l’auteur de neuf livres dont trois ont été traduits et publiés au Japon. Sa thèse – Un désir d’humain Les love doll au Japon (Les Belles Lettres, 2016) – est distinguée par le prix GIS-ICAS attribué aux travaux publiés dans le domaine des études asiatiques. Son dernier ouvrage, Les Amours artificielles au Japon (Albin Michel, 2025) est récompensé par le prix Biguet de l’Académie Française. Ses recherches portent sur l’industrie japonaise des simulacres affectifs– poupées de silicone et de silicium – dans le contexte du dépeuplement du Japon.